Chômage

, par Seb

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 ep 1/4 : Réformes de l’assurance chômage
 ep 2/4 : Idées reçues
 ep 3/4 : Retour à l’emploi : Accompagnement & Répression
 ep 4/4 : Revendications & Propositions
 Spectre — Le grain de son

Édito

« Avec la guerre, le chômage a été la maladie la plus répandue, la plus insidieuse et la plus délétère de notre génération : il est, de nos jours, la maladie sociale spécifique de la civilisation occidentale ». Voilà ce qu’on pouvait lire il y a quatre-vingts ans, en janvier 1943, dans les pages du journal The Times.

Mais ça, c’était il y a bien longtemps, quand le chômage de masse est apparu. Avant qu’on ne s’habitue, qu’on ne se rende compte que le chômage est en fait une aubaine. Avant qu’on ne dise : « vive le chômage ». Parce que le chômage, au fond, c’est comme la guerre : personne n’aime ça, tout le monde pleure dessus, mais c’est bon pour l’économie, et c’est même indispensable au système capitaliste.

Lors d’une précédente manifestation contre la réforme de l’assurance chômage fin mai.
©Photo archives Progrès /Norbert GRISAY
https://www.leprogres.fr/social/2021/06/17/manifestation-ce-jeudi-contre-la-reforme-de-l-assurance-chomage

Vous vous dites sûrement : ça y est, il fait encore de la provoc. Alors je vais vous le prouver scientifiquement, par la théorie économique. En économie, il y a une loi célèbre, c’est celle de l’offre et de la demande, qu’on peut résumer simplement : sur un marché donné, si la demande est forte, et si l’offre est rare, les prix sont élevés. Et inversement : si la demande est faible et l’offre pléthorique, les prix dégringolent. Eh bien, ça fonctionne aussi pour le marché de l’emploi. Sauf que – attention suivez-moi bien, vous pourriez vous perdre – il y a une petite subtilité : sur le marché de l’emploi, la demande ne provient pas des demandeurs d’emploi, et l’offre ne correspond pas aux offres d’emploi, non, c’est l’inverse ! Ce sont bien les entreprises qui ont besoin de main d’œuvre et qui sont donc les demandeurs, et les travailleurs qui proposent leur force de travail, et qui constituent donc l’offre. On peut au passage se demander si cette inversion du vocabulaire n’a pas pour unique fonction de placer psychologiquement les chômeurs et les travailleurs dans une position d’infériorité vis-à-vis des employeurs… Mais, bon refermons là cette parenthèse sémantique.

Après la crise sanitaire, le chômage explose
©Martin Bureau / AFP
https://www.revolutionpermanente.fr/Apres-la-crise-sanitaire-le-chomage-explose

Une fois qu’on a compris ça, tout devient clair : plus l’offre, c’est-à-dire le nombre de personnes recherchant du travail, est élevée par rapport à la demande, c’est-à-dire au nombre de postes à pourvoir, plus le prix du travail baisse. Et le prix du travail, c’est le salaire. Le chômage de masse constitue donc une armée de réserve du capitalisme qui permet de maintenir la pression sur le monde du travail pour imposer des salaires bas et des conditions de travail dégradées, et générer plus de profit pour les actionnaires.

Je vous ai développé toute une théorie économique pour en arriver là, mais pas besoin d’être un grand scientifique pour le constater : c’est plus compliqué de revendiquer une augmentation quand on sait qu’il y a 10 personnes qui attendent à la porte pour prendre votre place. Ce que le patron traduira encore plus simplement : « si t’es pas content, tu peux toujours aller voir ailleurs, je n’aurai aucun mal à te remplacer ».

Chômage, Précarité : Halte aux idées reçues !

Sauf que pour que tout ça fonctionne, il y a une condition essentielle : il faut que les demandeurs d’emploi… cherchent du travail. L’image tant fantasmée du chômeur parasite qui se la coule douce en profitant des allocs, le genre d’individus aussi marginaux dans leur mode de vie que dans leur nombre, cette image-là ne traduit rien d’autre que l’angoisse de nos dirigeants que tout leur système s’effondre. Et pour éviter cela, ils sont prêts à mener une véritable guerre, une guerre contre les chômeurs plus qu’une guerre contre le chômage. Une guerre préventive même : il ne s’agit pas tant de ramener des profiteurs de l’assistanat dans le droit chemin, que de dissuader les sans-emploi et les travailleurs de suivre ce chemin. Car dans l’armée de réserve du capitalisme, un chômeur heureux est un réserviste qui déserte. Et comme tout déserteur, il faut le mettre aux fers et le passer par les armes.

Une manifestation contre la réforme de l’assurance-chômage,
le 23 avril 2021, à Paris.
©JACOPO LANDI / AFP
https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/chomage/reforme-de-l-assurance-chomage-des-milliers-de-personnes-manifestent-en-france-pour-demander-son-retrait_4383729.html

Alors rassurez-vous, on est dans un état de droit, donc on ne va fusiller personne. Une mort sociale suffira. C’est en ce sens qu’il faut comprendre les mesures de restriction des droits des chômeurs, qui se sont encore renforcées avec les dernières réformes de l’assurance chômage, et dont nous allons parler aujourd’hui dans le Grain de Son, l’émission d’Attac Puy-de-Dôme, en compagnie de nos invité-es.

Invité-e-s :

  • Florence HAMON, syndicat SNU Pôle Emploi
  • Jean-Louis M’PELINGO, Chôm’Actif 63
  • Alain COUDERT, AC ! 63

Musiques :

  • Marcel et son orchestre : Le Chômage
  • Didier Super : À bas les gens qui bossent
  • Zebda : Chômage
  • Tournée Générale : Avenue du dragon

Liens :