Décolonisons nos luttes !

, par Seb

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 Spectre — Le grain de son

Édito

Ami·es auditrices et auditeurs, aujourd’hui le Grain de Son, l’émission d’Attac Puy-de-Dôme, vous emmène pour un voyage dans le temps, un voyage introspectif également, puisqu’il s’agit d’explorer à la fois notre passé et notre culture, et des côtés pas très reluisants de notre histoire commune, je veux parler de l’héritage colonial de notre pays, la France.

Affiche du documentaire « Décolonisations », de Karim Miské, Pierre Singaravélou et Marc Ball.
https://program33.com/en/productions/decolonisation/

Alors vous allez dire, tout ça, c’est de l’histoire ancienne. La plupart des territoires sous domination française ont acquis leur indépendance entre la fin de la deuxième Guerre Mondiale et le début des années 1960, et la France n’est plus un empire colonial depuis de nombreuses années.

On aurait cependant tort de croire que la page de la colonisation est définitivement tournée. L’encre qui a servi à l’écrire n’est pas encore séchée, pas plus que ne le sont le flot de sang et de larmes qui l’ont marquée. On parle d’un passé, certes, mais d’un passé qui ne passe pas. Le poids de l’héritage colonial se fait sentir, il est lourd et il continue à peser sur nos manières de penser, d’agir, et d’organiser nos sociétés. C’est que près de 450 ans de colonisation, depuis la fondation de la Nouvelle-France en Amérique du Nord en 1534 jusqu’à l’indépendance des Nouvelles-Hébrides, devenues le Vanuatu, le 30 juillet 1980 ; quatre siècles et demi marqués par les massacres, l’esclavage, la déportation, l’évangélisation ; tout cela, ça laisse des traces. Aussi bien chez les peuples anciennement colonisés que dans les ex-nations colonisatrices. Inconsciente ou assumée, la domination de l’Homme Blanc et de l’Occident impérialiste sur le reste du monde reste ancrée en nous, comme une tache indélébile.

Le sujet est bien trop vaste pour les quatre demi-heures que nous avons prévu de consacrer à cette question. De la chasse aux migrants à la discrimination à l’embauche, des violences policières au racisme ordinaire, des territoires d’outre-mer à la gestion de nos banlieues, de l’extractivisme aux opérations militaires, les relents colonialistes se font sentir partout. Et leur odeur aurait même tendance, ces derniers temps, à piquer un peu plus le nez.

Car il y a pire que de croire la page de la colonisation définitivement tournée : il y a ceux qui voudraient refaire le livre à l’envers. Ceux qui trouvent que c’était mieux avant, que le bilan de la colonisation était positif. Ceux qui veulent retrouver l’honneur perdu de la France, qui regrettent le temps béni des colonies. Ceux pour qui les populations originaires de nos anciennes possessions, comme on les appelait, ne sont qu’une main d’œuvre bonne à exploiter, qu’il faut éduquer mais qu’il faut aussi savoir mater pour éviter qu’elle ne se rebelle. Ceux qui reprennent à leur compte, en quelque sorte, les mots d’Alexandre Mérignhac, dans son Précis de législation et d’économie coloniales, en 1912 : « Coloniser, c’est se mettre en rapport avec des pays neufs, pour profiter des ressources de toute nature de ces pays, et en même temps apporter aux peuplades primitives qui en sont privées les avantages de la culture intellectuelle, sociale, scientifique, morale, artistique, littéraire, commerciale et industrielle, apanage des races supérieures ». On ne parle plus de peuplades primitives, à notre époque, on évoque juste des tribus de grands singes dominants.

Face à ceux qui voudraient effacer ce passé colonial comme à ceux qui voudraient le faire revivre, les militants du mouvement décolonial luttent pour une large prise de conscience. Il s’agit de décoloniser nos institutions, de décoloniser nos pratiques, mais aussi, et avant tout, de décoloniser nos esprits. C’est ce que nous allons tâcher de faire durant ce cycle d’émissions, avec nos deux invités : iabe, membre du MKF (Mouvement Kanak en France), et Patrick VELARD, du syndicat Solidaires Auvergne.

Invité·e·s :

  • iabe, Mouvement Kanak en France (MKF)
  • Patrick VELARD, Solidaires Auvergne

Musiques :

  • Canapacoustik : Décolonisation
  • François BERANGER : Mamadou m’a dit
  • Bobby HOLCOMB : Porinetia
  • Ounine Pawoap : Démocratie

Liens :