Justice et dépendances

, par Seb

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 ep 1/4 : Projet de Loi Sure et manque de moyens : une justice expéditive ?
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 Spectre — Le grain de son

Édito

Il y a dans la langue française des mots ambivalents, des mots à double ou triple sens, des mots à mille nuances. Le mot Justice est de ceux-là.

La justice, entendue comme ce qui est juste, comme le contraire de l’injustice, est une valeur fondamentale, une condition indispensable à la démocratie et même, à la vie en société. Mais la justice est aussi une institution, avec ses codes, ses hiérarchies, ses jeux d’acteurs et ses rapports de force.

La question que nous allons nous poser aujourd’hui, et pour les quatre épisodes à venir dans le Grain de Son, l’émission d’Attac Puy-de-Dôme, c’est de savoir si cette institution est à la hauteur de la valeur dont elle porte le nom. Autrement dit, la justice rend-elle efficacement la justice ? Peut-on compter sur l’institution judiciaire pour lutter contre les injustices ? Celles-ci étant entendues au sens large : l’injustice qui résulte des crimes et délits, mais aussi les injustices sociales, économiques ou politiques.

Dans nos démocraties, un des principes fondamentaux est la séparation des pouvoirs. Pouvoir exécutif, pouvoir législatif et pouvoir judiciaire. Que l’institution judiciaire soit indépendante de ceux qui font la loi et de ceux qui sont chargés de la mettre en œuvre, nous laisse penser qu’elle pourrait constituer un utile contre-pouvoir. C’est le cas lorsqu’il s’agit de veiller à ce que les classes dominantes respectent leurs propres lois, celles qui sont censées nous protéger, nous le peuple, contre l’arbitraire des pouvoirs politique et économique. Souvenons-nous de la phrase de Lacordaire : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit ». Pour le salarié face au patron, pour le locataire face à son propriétaire, pour le manifestant face à la police, la loi est un rempart indispensable. Et le rôle de la justice est, justement, de veiller à ce que ce rempart ne soit ni contourné, ni abattu.

Mais qu’en est-il quand ces mêmes lois servent les puissants et les pouvoirs en place, et oppriment le peuple ? Toute l’ambiguïté de la justice est là : dans le fait de savoir si son rôle est de dire ce qui est juste, ou de se faire le gardien de l’ordre établi.

Pour un certain nombre de nos dirigeants, à commencer par le Garde des Sceaux actuel, M. Darmanin, la réponse est toute trouvée. Juger plus vite, à moindre coût, et condamner davantage, tel est le mot d’ordre. Pour cela, tous les coups sont permis : manque de moyens, coupes budgétaires, atteintes à l’indépendance de la justice, que ce soit par le contrôle institutionnel ou par les pressions politiques… Une situation qui n’échappe pas à nos concitoyens : seuls 52 % des Français·es jugeaient, en 2025, l’indépendance de leur système judiciaire bonne ou très bonne. Et seulement 49% déclaraient, en 2024, avoir confiance dans la justice.

Face à ces attaques en règle, ce sont une fois de plus les classes populaires, qui n’ont pas affaire à la justice uniquement comme accusés, mais aussi comme plaignants, qui payent le plus lourd tribut. Justice expéditive, justice de classe, justice aux ordres… Comme tous les services publics, lorsque les conditions dans lesquelles les missions sont exercées se dégradent, le service rendu est de moins bonne qualité. La justice est ainsi jugée par les Français·es trop lente, trop chère, trop complexe, trop laxiste, trop inégalitaire. Autant de critiques qui justifient sa remise en cause et donc, de nouvelles coupes budgétaires. Le cercle vicieux est connu.

Une autre justice est pourtant possible et nécessaire. Pour en dessiner les contours, nous recevons aujourd’hui Maître Clémence MARCELOT, avocate au Barreau de Clermont-Ferrand.

Invité·e·s :

  • Clémence MARCELOT, avocate au Barreau de Clermont-Ferrand

Musiques :

  • Gilbert BÉCAUD : Le Condamné
  • DUB INC avec Mellow MOOD : Justice
  • Davodka : Accusé de Réflexion
  • Fox Nigon : Guantánamo

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