La Sociale, c’est génial !

, par Seb

Podcasts

 ep 1/4 : Des origines à la mise en place
 ep 2/4 : La reprise en main par le pouvoir et le capitalisme
 ep 3/4 : Les enjeux d’aujourd’hui
 ep 4/4 : à paraître
 Spectre — Le grain de son

Édito

Ami·e·s auditrices et auditeurs, si je vous dis : Sécurité Sociale, à quoi pensez-vous ?

À vos remboursements de frais médicaux et vos indemnités d’arrêt de travail, certainement. À votre retraite et vos allocations familiale, peut-être également, car oui, la Sécu, c’est cela aussi.

Affiche du film de Gilles Perret : La Sociale
https://www.lasociale.fr/le-film/

Mais avouez-le, quand on vous parle de Sécurité Sociale, les mots qui vous viennent immédiatement à l’esprit, ce sont : fraude aux prestations, assistanat, lourdeur administrative, fonctionnaires qui surveillent l’horloge.

Et c’est normal que vous pensiez ça, parce que c’est ce qu’on nous répète depuis des décennies. Et là on se dit : quel tour de passe-passe ! Le capitalisme et les pouvoirs qui le soutiennent ont ceci de magique, et d’insupportable, qu’ils réussissent à présenter les pages les plus glorieuses de notre histoire collective en quelque chose de totalement méprisable.

À l’appel d’une large intersyndicale, des dizaines de milliers de manifestants défilent, à Paris, le 16 décembre 1995, pour le retrait du plan Juppé.
© AFP PHOTO
https://www.humanite.fr/histoire/mouvement-social/les-greves-de-1995-tous-ensemble-quand-le-peuple-bloque-juppe

Oui, une page glorieuse, c’est ainsi qu’on peut qualifier la création de la Sécurité Sociale il y a 80 ans, par les ordonnances du Conseil National de la Résistance des 4 et 19 octobre 1945. Le programme du CNR prévoyait en effet « un plan complet de Sécurité Sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ». L’idée n’est pas nouvelle, elle figurait déjà dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793, qui énonçait en son article 21 que « la société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler ». 150 ans plus trad, ce rêve devenait une réalité.

Photo du Congrès de la Sécurité sociale, le 22 février 1947 au Parc des expositions à Paris ©AFP - STAFF / AFP
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-transition-de-la-semaine/80-ans-de-la-securite-sociale-bilan-de-sante-5122098
Manifestation pour la justice sociale, fiscale et environnementale du 18 septembre 2025.
https://www.cgt.fr/manif18septembre

Au-delà de ces aspects programmatiques, l’instauration de la Sécurité Sociale constitue bel et bien une révolution :

  • C’est d’abord un outil de solidarité et de justice sociale, au service d’une politique redistributive fondée sur le principe : « à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses moyens ».
  • C’est également un formidable rempart contre la précarité, et donc contre l’exploitation des travailleurs : il est beaucoup plus facile de résister à l’oppression quand on est libéré de la peur du lendemain.
  • C’est aussi et surtout un moyen de mettre tout un pan de la vie des citoyens à l’abri des forces du marché, et pas n’importe lequel : leurs besoins essentiels en matière de santé et de parcours familial.
  • Enfin, la mise en place de la Sécurité Sociale a constitué un épisode d’auto-organisation sans précédent, et tel qu’on n’en a plus connu depuis à cette échelle. Car les caisses de Sécurité Sociale ont d’abord été mises en place par et pour le peuple, à travers leurs organisations militantes et en particulier le syndicat de masse qu’était alors la CGT.
Couverture du livre de Christine Jakse :
« L’enjeu de la cotisation sociale »

Les capitalistes l’ont bien compris. C’est toute cette dimension politique, révolutionnaire de la Sécurité Sociale qui a fait peur au pouvoir et c’est pour cela qu’il s’est employé, dès l’origine, et sous couvert d’efficacité comptable et budgétaire, à dénigrer, à démanteler et à accaparer cet outil qui, il ne faudrait pas l’oublier, nous appartient.

Invité·e·s :

  • Brice CHAPOULY, administrateur URSSAF 63 CGT
  • Cathy MAZUEL, militante CGT et retraitée de la CPAM du Puy-de-Dôme
  • Didier PAGÈS, membre de Solidaires Auvergne

Musiques :

  • La Rue qui t’emmerde : Les jours heureux
  • Maurice Alcindor : Sékirité sociale
  • Daday : CSSM
  • Koffi Olomide : Cotisation